Un article qui tente d’appliquer la méthode d’étude critique de document proposée dans l’article précédent et commente le résultat obtenu.
Une frontière poreuse
Charles Whittaker développe l’idée qu’il ne faut pas comprendre le limes rhénan comme une frontière linéaire mais plutôt comme un espace frontalier dans lequel la fonction commerciale est au moins aussi importante que la fonction défensive.
L’idée même de la frontière comme une ligne sur une carte est moderne. L’Empire romain illustre bien le thème de Lucien Febvre selon lequel « fins, confins, limites » et « frontière » ne furent jamais considérés comme identiques avant le XIX e siècle. Les anciennes « limites » ne furent jamais linéaires : c’était toujours des zones. […] A l’évidence, les écrivains romains eux-mêmes ne considéraient pas les grandes frontières fluviales de l’Europe comme des fronts militaires.
Des zones frontalières s’étendaient des deux côtés du limes et le commerce frontalier affectait ces deux côtés. […] La première conséquence fut la constitution progressive d’une frontière invisible au-delà du limes[…] qui distinguait ceux qui recevaient par des échanges réguliers les marchandises les plus courantes (céramiques, vin, probablement céréales) et les autres, encore au-delà, auxquels parvenaient essentiellement des articles rares et prestigieux, de bronze, de verre et d’argent liés à des échanges de cadeaux.
Ch. Whittaker, Les frontières de l’Empire romain tard Ch. Goudineau, Ed Les Belles Lettres, 1989