La lettre de cadrage de la question au concours de l’ENS Lyon est rédigée par les membres du jury et explicite la manière dont ils conçoivent et interprètent le court intitulé qu’ils ont proposé comme question de l’année.
Pour 2024 l’intitulé est « L’Union Européenne : puissance, territoire et sociétés« .
Un ouvrage intriguant de Zaki Laïdi déjà un peu ancien (2005 revu en 2008)
On retrouve cette lettre de cadrage ici (c’est un PDF de 3 pages et demie avec une bibliographie).
Pour moi la géographie est une discipline qui part du réel, qui nous oblige à garder les pieds sur terre et par conséquent évite au maximum au lycée et au collège de parler de phénomènes complètement déconnectés de ce réel, en proposant par exemple des schémas-type sur l’urbanisation qui n’ont franchement pas grand intérêt parce qu’ils n’ont pas d’échelle et que l’organisation d’une agglomération de 20 millions (une métropole mondiale) ne peut pas être comparée à celle d’une agglomération d’1 million ni à celle d’une ville moyenne de 150000 habitants comme s’il s’agissait juste d’une réduction !
Pour essayer de faire comprendre cela, il me semble intéressant de montrer par un exemple qu’une métropole de la taille de Mexico, Sao Paulo, Séoul, Shanghai ne peut pas être représentée par un seul croquis mais qu’il en faut nécessairement 2 : un qui agrandit suffisant le centre historique et y met en évidence le nouveau CBD (quartier central des affaires) et un deuxième qui montre l’extension considérable de l’agglomération et permet d’indiquer la manière dont elle est reliée à son environnement (autoroute, ports, aéroports) et qu’elle est obligée parfois de créer des pôles d’activité supplémentaires.
Ce schéma doit permettre de localiser les éléments particuliers et emblématiques (parcs, lacs…) et enfin il doit comporter les rares noms qu’il est nécessaire de mémoriser et de conserver pour décrire cette ville proprement dite.
Ce type de schéma est pour essentiel pour un collégien pour comprendre ces phénomènes d’urbanisation qui sont des phénomènes récents à l’échelle historique et ne remontent qu’au XIXe siècle pour les plus grandes villes (Londres, Paris, New-York) et bien plus tardivement pour les métropoles des pays du Sud (Sao Paulo, Mexico, Rio, Buenos Aires…).
D’autre part en procédant ainsi on est obligé de s’intéresser à certains lieux particuliers (qui ont un nom et une histoire particulière) et par conséquent cela évite des généralisations abusives et une perception horrible de la métropole avec tous ces pauvres gens entassés dans des bidonvilles, subissant la pollution et une « ségrégation socio-spatiale ».
Voici un exemple fait à l’ordinateur qui s’est contenté de repérer des éléments explicatifs importants pour comprendre l’évolution de la ville de Mexico. On retrouvera un article illustré sur Mexico (voir Mexico : quelques repérages pour parler de métropolisation)
Ce schéma a été simplement réalisé en travaillant à partir d’une capture d’écran de Google maps à savoir ceci
J’ai juste vérifié l’échelle, enlevé des parcs dont je ne suis pas capable de mémoriser le nom et gardé le seul dont j’ai besoin : le parc de Chaputelpec qui est à Mexico ce qu’est Central Parc à New-York : le parc le plus connu, le plus emblématique et quand on veut simplifier pour comprendre un phénomène (en l’occurrence les phases de développement et de transformation d’une ville on doit conserver seulement des éléments emblématiques qui vont nous servir à argumenter et non la totalité).
Ensuite il est important de faire une carte à une autre échelle car sur celle-ci la barre ne fait que 5 km (ce qui veut dire qu’un touriste en 1h peut aller du Zocala à pied jusqu’au parc de Chaputelpec avoir une vue sur la ville en traversant cette grande artère impressionnante qu’est l’avenida Paseo de la Réforma et en découvrant tout un tas de monuments comme la colonne avec l’ange de l’Indépendance et le Monument à la Révolution…)
Si on évoque toute l’agglomération de Mexico la barre d’échelle fait 50 km et on est alors à l’échelle d’autoroutes constamment embouteillées et de temps quotidiens de trajets considérables pour les habitants qui doivent aller vers le centre… Mais dans une agglomération aussi vaste que Mexico tout le monde ne converge plus forcément vers le centre tant il y a de population et d’activités un peu partout.
Ce croquis en fait est long à faire à l’ordinateur et beaucoup plus rapide à la main comme le montre cet exemple.
Et dans un deuxième temps on peut peut-être s’affranchir de tout fond de carte et faire à la main un schéma.
Par contre il sera impossible si on doit le refaire par cœur pour un examen ou un concours de mémoriser les endroits où l’on trouve des quartiers aisés, des bidonvilles et des zones industrielles : le bâti de Mexico est beaucoup trop enchevêtré pour y parvenir facilement.
Autrefois (pour ma génération) l’exercice de commentaire de cartes était un exercice intellectuel très formel qu’on faisait avec une carte topographique 1/50 000 e et une carte géologique (parfois adaptée -elle était alors plus simple mais tout aussi colorée et confuse). A l’agrégation de géographie j’ai (brillamment ?) proposé une coupe géologique au tableau concernant un escarpement de ligne de faille inverse que j’avais cru identifier sur la carte de Langres (Haute-Marne)… mais, n’ayant jamais mis un pied dans cette région, je n’avais pas vraiment idée du réel représenté sur la carte… Je maîtrisais juste un exercice intellectuel.
Mais je pense qu’aujourd’hui cet exercice est plus intéressant parce qu’on peut utiliser les ressources d’Internet pour visualiser et essayer de comprendre le bout de carte qu’on nous demande d’étudier.
Voici l’extrait de carte topographique et les documents d’accompagnement proposés à mes étudiants de Khâgne pour un concours blanc. J’ai choisi Honfleur, charmante petite ville touristique au Sud de l’estuaire de la Seine, située face au Havre et décidé de proposer un document d’accompagnement calqué sur celui qui a été donné au concours de l’ENS Lyon en 2023 sur Châteauroux.
C’est un document de type « cheval-blanc-d’Henri IV » comme je l’appelle : les thématiques sur lesquelles je souhaite que les étudiants se penchent sont présentes dans le document et les éléments de connaissance précis pour les développer sont juste à y récupérer.
Voilà une question sur laquelle j’ai tendance à cause de mon âge (sexagénaire), de mon diplôme de départ (agrégation externe de géographie) et de mon expérience (plus de 35 ans à fabriquer des ressources pédagogiques pour mes élèves et mes étudiants) à répondre en privilégiant la première.
Or dans nos lycées et collèges, de plus en plus, nos corps d’inspection nous demandent de travailler en équipe, de mutualiser, de construire des programmations et progressions communes.
En fait comment peut-on être à l’aise dans la fiche construite par un collège ? Comment réussir à faire soi-même les exercices proposés par le collègue puisque parfois on n’aurait pas du tout abordé le problème de cette manière. Pire nos manuels ont arrêté de sélectionner des documents peu nombreux et sur lesquels s’arrêter, on est noyé dans le nombre.
La plupart du temps l’épreuve de commentaire de cartes porte sur la métropole, cependant quelques cartes d’outre-mer sont proposées, une manière de rappeler à nos compatriotes de métropole que l’outre-mer existe ! Il présente quelques spécificités que je condenserais ici en quelques mots : éloignement voire isolement, tropicalité et risques spécifiques (notamment cyclones), volcanisme ( pour les 3 îles : Martinique, Guadeloupe et Réunion ) mais aussi difficulté à bien percevoir les « échelles » (taille, poids démographique et concentration de la population et des activités)
Un des éléments qui permet de comprendre l’évolution de l’agriculture productiviste française est de voir l’évolution de certains grands groupes laitiers et/ou agro-alimentaires : leur localisation, leurs stratégies locales, régionales et internationales de développement avec la mondialisation
Quand on part de la carte topographique et donc du terrain, la logique d’évolution est plus simple à comprendre (et donc à mémoriser) et permet ensuite de faire des comparaisons.
Je vais d’abord évoquer ici une grande laiterie normande : celle d’Elle-et-Vire qui se trouve à Condé/Vire dans la Manche à une dizaine de kilomètre au Sud de Saint-Lô (la préfecture du département) puis celle d’Isigny-sur-Mer qui se trouve sur la nationale 13 dans le Calvados à proximité des marais de Carentan (commune qui s’appelle aujourd’hui Carentan-les-Marais.