Voilà l’exercice que je propose à mes élèves de Première en début d’année : rédiger un « embryon de dissertation »
Qu’est-ce qu’un embryon ?
C’est un organisme en devenir. On utilise ce terme en médecine pour parler de la première phase de la grossesse : celle qui va de la division de l’œuf à environ la 8e semaine où tous les organes sont formés. On passe ensuite au stade du fœtus (fin de la gestation jusqu’à la naissance)

Pourquoi utiliser cette métaphore pour parler de dissertation ?
Parce que la dissertation est, dans les sciences humaines, un exercice difficile qui nécessite une longue gestation (3 à 7 h dans les épreuves françaises dans l’enseignement supérieur). Une bonne dissertation peut être comparée à un nouveau-né en parfaite santé qu’on a pris le temps de laver après la naissance et à qui on a mis un joli pyjama pour le mettre en valeur !
Mais l’on sait qu’une grossesse n’arrivera jamais à terme si l’embryon n’était pas viable et n’a pas pu se développer correctement au départ.
D’où l’intérêt de réfléchir à ce qui va nous permettre -si nous en avons besoin plus tard- de rédiger de belles dissertations- : en sachant produire un bon embryon. Mais poussons encore plus loin la métaphore : le nouveau-né dans son joli pyjama n’est encore qu’un être vulnérable qui ne sait ni parler, ni marcher. Il va être amené à grandir et se développer, c’est cela qui est important.
De la même façon une dissertation n’est pas une fin en soi, c’est juste un exercice important pour pouvoir aller plus loin et développer d’autres qualités à l’âge adulte (savoir s’organiser, trier des informations pour les rendre claires, savoir les exprimer à l’écrit comme à l’oral). (Il en existe d’autres pour ceux qui trouvent cet exercice trop difficile mais l’enseignement général français y tient beaucoup).
Donc apprenons d’abord à rédiger ce que j’appelle un « embryon de dissertation » en réfléchissant à ce qui peut nous permettre de constituer un embryon viable qu’on pourrait voir se transformer en dissertation si on le nourrit et on lui donne le temps de gestation nécessaire.
Quel sujet proposer pour un tel exercice ? Un sujet vaste de type « tableau »
« En vous appuyant sur la carte que vous avez réalisée et toutes les connaissances que vous pouvez avoir sur le sujet rédiger une petite synthèse intitulée « La France en 1789 ».
Ce sujet est un sujet pratique car il y a beaucoup de choses à dire pour présenter la France en 1789 (son territoire, sa société d’Ordres, son régime politique, son économie rurale, sa culture…) On a de quoi trier parmi ces éléments.
Qu’est-ce qu’un sujet de type tableau ?
Notons qu’un sujet d’histoire de type « tableau » est un sujet dans lequel on prend une sorte de photo de la situation à une date importante : par exemple en 1789 (au moment où la révolution va éclater), en 1870 (au moment où la guerre franco-prussienne va faire faire basculer le régime), en 1914 (à la veille de la Première Guerre mondiale), en 1919 (au sortir de la guerre), en 1939, en 1945…
Mais au priori on ne se contente pas de décrire la situation, on tente aussi de l’expliquer et pour cela il va falloir faire un « flash back » (un retour en arrière).
Quelles consignes pour faire cet exercice ?
Apprendre à gérer le temps !
- Utiliser la totalité du temps (en gardant un petit temps de relecture).
- Si vous en savez davantage, que vous écrivez vite et bien, votre synthèse doit être plus longue et plus approfondie sans que l’écriture, l’orthographe ou le contenu ne se détériore.
L’exercice est proposé en 30 mn en même temps qu’un autre exercice qui est juste du par cœur (placer sur une carte de France muette avec des points de différentes tailles Paris, 7 métropoles régionales et 7 autres métropoles : il faut juste écrire les noms proprement en s’appliquant mais sans réfléchir car on doit être capable à ce stade de faire cela très vite et sans avoir besoin de réfléchir car ces localisations de base doivent avoir été automatisées)
Pourquoi mélanger 2 exercices si différents ?
Pour comprendre que dans nos exercices scolaires tout ne se fait pas à la même vitesse. Il y a des moments où l’on a automatisé des manières de faire et où l’on peut et doit aller vite et des moments où l’on doit prendre le temps de réfléchir, de retrouver des idées, de les organiser et de les formuler avec nuances.
C’est en fait le cas dans toutes les activités humaines sophistiquées : un chirurgien a automatisé la manière de se préparer à une opération, de s’habiller, de se laver les mains pendant que son équipe a automatisé et vérifié la manière dont il a rangé les instruments dans la salle d’opération et la place que chacun a dans la salle. Le chirurgien a alors tout son cerveau disponible pour se concentrer sur la partie la plus difficile de l’opération.
Si aucune phase n’est automatisée, on manque forcément de temps pour faire ce qui est le plus difficile… mais aussi ce qui est le plus intéressant est ce qui nous fait progresser. Or pour automatiser quelque chose il faut le répéter. Et si on le répète intelligemment (en comprenant pourquoi on le fait et comment on s’y prend, on y passer moins de temps et on est plus efficace).
Voir notamment l’article sur la présentation formelle des copies : Quelques remarques formelles sur les copies d’examen et de concours dans le système français (on y voit comment en présentant sa copie toujours de la même manière, en écrivant avec le même stylo et la même écriture, on peut très rapidement être concentré)
Sur l’organisation de notre synthèse ?
- phrase d’introduction 4W (what ? who ? where ? when ?) qui présente dans une phrase (ou deux) les caractéristiques principales de la France à cette époque (population, taille, régime politique, type de société). Cette phrase doit être impeccable (travaillée au brouillon sans aucune faute d’orthographe
- annonce simple d’un plan en 3 points
- paragraphes avec retrait d’alinéa
Sur l’expression (orthographe, temps, style)
- aucun temps du récit (passé simple et imparfait) : un propos au présent temps de la description de l’analyse et de l’argumentation (parfois un peu de composé pour faire un bilan)
- ton neutre (pas d’ironie, de lyrisme, d’humour, d’indignation, de larmes…)
- orthographe grammaticale : accord verbes, adjectifs, noms…
Sur le fond
- pas d’information erronée
- pas une simple énumération
- des informations triées et nuancées

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